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Pourquoi j'écris

« Écrire n'a jamais été pour moi un simple exercice de style. C'est une manière d'habiter le monde. »

Rida Lamrini contemplant un paysage de montagne, illustration de sa réflexion sur l'écriture, la mémoire et la création romanesque.

Certaines pages ne naissent pas de l'actualité. Elles naissent d'un besoin de mettre des mots sur ce qui nous anime profondément. Depuis longtemps, on me demande pourquoi j'écris.

La question semble simple. Pourtant, avec les années, je comprends qu’elle ne se laisse pas enfermer dans une réponse unique.

Voici la réponse la plus sincère que je puisse apporter aujourd'hui.

01. Une nécessité plus qu’un choix

On n’écrit jamais pour une seule raison. On écrit parce que des forces diverses, souvent souterraines, finissent par converger vers une même nécessité.

Je n’écris pas pour ajouter un titre aux rayonnages d’une bibliothèque. Je n’écris pas non plus pour distraire quelques lecteurs pendant quelques heures.

J’écris parce que certains personnages, certaines blessures, certaines espérances continuent de vivre en moi et réclament un lieu où respirer.

Bien avant qu’un roman ne trouve son premier mot, il existe déjà autrement. Ce sont des silhouettes qui apparaissent, des voix qui reviennent, des regards qui questionnent, une scène qui refuse de s’effacer. Rien n’est encore ordonné, rien n’est encore écrit. Mais quelque chose insiste. Comme si ces personnages s’étaient invités dans mon imaginaire et attendaient que je leur ouvre enfin la porte.

Écrire, c’est accepter cette rencontre.

02. Des êtres avant des histoires

Je ne pars presque jamais d’une intrigue. Je pars d’une question, d’une faille, d’un silence, parfois d’une présence qui s’impose avant même que je sache quelle histoire elle portera.

Ce qui me met en mouvement, ce sont les êtres : leur manière d’aimer, de se tromper, de résister, de renoncer. Les événements ne m’intéressent que par les bouleversements qu’ils provoquent en eux.

Le roman est, pour moi, l’endroit où l’on peut regarder l’être humain avec une patience que la vie ne nous accorde pas toujours.

03. Les questions qui me ramènent à l’écriture

La mémoire revient souvent dans mes livres. Elle nous construit, nous protège parfois, nous enferme aussi. Entre ce que l’on conserve, ce que l’on oublie et ce que l’on transforme, se joue une part essentielle de notre identité.

La filiation m’accompagne tout autant : ce que l’on reçoit, ce que l’on transmet, les silences qui passent d’une génération à l’autre et les gestes par lesquels on tente parfois de réparer ce qui s’est brisé.

Et puis il y a les choix. Ceux qui semblent minuscules lorsqu’on les fait et qui, plus tard, apparaissent comme des bifurcations décisives. C’est souvent là que commence, pour moi, le roman.

J’écris pour approcher ces zones où une existence bascule sans toujours savoir, sur le moment, qu’elle vient de changer.

04. Le lecteur achève le livre

Je crois profondément que la littérature ne donne pas des réponses. Elle apprend à regarder autrement.

Un roman n’a pas vocation à clore une réflexion, mais à l’ouvrir. Il invite le lecteur à poursuivre le chemin avec ses propres souvenirs, ses blessures, ses questions. Deux personnes ne lisent jamais exactement le même livre. Chacune y reconnaît quelque chose qui lui appartient. C’est sans doute l’un des plus beaux pouvoirs de la littérature.

À partir de cet instant, le livre cesse d’être seulement celui de son auteur. Il devient celui de son lecteur.

Celui-ci y découvre parfois ce que l’écrivain n’avait pas consciemment déposé. Il éclaire une phrase, donne un sens inattendu à un personnage, établit des liens que rien ne semblait annoncer. L’Œuvre continue alors de grandir loin de celui qui l’a écrite.

05. Continuer d’écrire

Si je continue d’écrire, c’est parce qu’aucune question essentielle ne se laisse refermer définitivement. Chaque roman déplace le regard, fait naître un autre personnage, une autre faille, une autre manière d’interroger ce que nous sommes.

Je ne sais pas combien de romans il me reste à écrire. Je sais seulement que tant qu’une histoire viendra frapper à ma porte, je continuerai à lui ouvrir.

Parce qu’au fond, écrire n’a jamais été pour moi un simple exercice de style.

« C'est une manière d'habiter le monde. »

— Rida Lamrini

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Si Pourquoi j'écris explique ce qui me pousse à prendre la plume, ma réflexion se prolonge dans les autres textes qui présentent ma relation à la littérature et ma manière de construire un roman.

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