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L’Atelier de l’écrivain · Maison d’auteur

Dans les coulisses de la fresque romanesque

Trois romans. Trois moments d’écriture. Une histoire qui s’est construite sans avoir été prévue.

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Premier mouvement

Le roman que je n’avais pas prévu d’écrire

Comment est né Tant que je peux te dire je t’aime

Le roman que je n'avais pas prévu d'écrire — Rida Lamrini ✨ « Face à l'immensité, l'intime devient roman. »

Quand l’écriture change de territoire

Pendant longtemps, j’ai écrit en regardant la société. Mes livres, mes chroniques, mes réflexions s’intéressaient au Maroc, à ses transformations, à ses tensions, à ses mouvements profonds. J’observais les groupes, les générations, les rapports de force, les changements de mentalités. Ce qui m’intéressait, c’était le collectif.

Je regardais les hommes vivre. Je n’avais jamais vraiment essayé de me regarder moi-même.

Puis ma vie a connu une rupture. Des repères ont changé. Mes enfants ont pris leur propre chemin, j’ai quitté Casablanca et j’ai ressenti le besoin de prendre de la distance, de retrouver le silence, la nature, la mer. J’avais besoin de m’éloigner du bruit et des trépidations de la ville pour comprendre ce qui m’arrivait et, peut-être, apprendre à vivre autrement.

Je ne savais pas encore que ce retrait allait modifier profondément ma manière d’écrire.

À cette période, certaines conversations familiales m’ont confronté à des questions que je ne pouvais plus esquiver. Elles touchaient à la transmission, aux blessures, aux silences, aux relations entre un père et ses enfants, à ce que l’on croit avoir donné et à ce que les autres ont réellement reçu.

Le pardon au cœur du roman

Et derrière toutes ces questions, une autre s’imposait peu à peu : le pardon.

Comment demander pardon ? Comment l’accorder ? Peut-on réparer ce qui a été abîmé ? Existe-t-il des blessures que le temps ne suffit pas à refermer ?

Je ne savais pas quoi faire de tout cela. Alors j’ai commencé à écrire. Sans plan, sans structure, sans savoir si je tenais un journal, si j’écrivais une lettre ou si j’essayais simplement de mettre un peu d’ordre dans ce qui m’habitait. J’écrivais.

Au début, le texte ressemblait beaucoup à un journal. Il avançait au rythme des souvenirs, des émotions, des interrogations. Puis quelque chose s’est produit. Le texte a commencé à m’échapper. Des personnages sont apparus. Une histoire s’est organisée. La fiction s’est mise à faire son travail.

Et presque sans que je m’en rende compte, ce qui avait commencé comme une écriture personnelle s’est transformé en roman. Ce roman allait devenir Tant que je peux te dire je t’aime.

Du vécu à la fiction

Je tiens cependant à préciser quelque chose, parce que la question m’est souvent posée lors de mes rencontres avec les lecteurs : non, Tant que je peux te dire je t’aime n’est pas une autobiographie.

Je n’ai jamais eu le goût de raconter ma vie. Je ne pense d’ailleurs pas que la vie d’un écrivain soit, en elle-même, plus intéressante que celle des autres. Ce qui m’intéressait était tout autre.

Oui, le roman utilise des matériaux puisés dans le vécu : des émotions, des situations, des blessures, des questionnements que j’ai connus ou approchés de près. Mais à partir du moment où ils entraient dans le roman, ils devaient cesser de m’appartenir.

Il fallait les transformer, les déplacer, les mêler à l’imagination. Créer des personnages qui aient leur propre existence, leurs propres choix, leurs propres contradictions.

Surtout, je voulais que ces expériences particulières puissent atteindre quelque chose de plus universel. Je ne voulais pas que le lecteur se demande : « Est-ce réellement arrivé à l’auteur ? » Je voulais qu’il puisse se dire : « Je comprends cela. » Ou peut-être : « J’ai connu quelqu’un qui a vécu quelque chose de semblable. » Ou simplement : « Cela aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous. »

Et s’il existe un sentiment qui peut appartenir à tout le monde, c’est peut-être précisément celui-là : le besoin d’être pardonné, la difficulté de pardonner, l’espoir qu’un lien puisse survivre malgré les blessures.

C’est là, pour moi, que commence le roman. La littérature ne consiste pas seulement à raconter ce que l’on a vécu. Elle consiste à transformer une expérience singulière pour qu’elle puisse appartenir à d’autres.

C’est ce que j’ai essayé de faire avec Tant que je peux te dire je t’aime.

Avec le recul, je crois que Tant que je peux te dire je t’aime est aussi cela : une invitation au pardon. Peut-être même un appel. Par moments, presque une supplication.

Non pas seulement le pardon entre deux personnages, mais cette question beaucoup plus vaste que nous rencontrons tous un jour : que reste-t-il possible lorsque quelqu’un a blessé quelqu’un d’autre ? Peut-on revenir ? Peut-on comprendre ? Peut-on encore aimer après ce qui a été brisé ?

Je croyais avoir tout dit

À mesure que le roman avançait, j’ai eu le sentiment de déposer sur le papier quelque chose qui m’encombrait depuis longtemps : des souvenirs, des regrets, des questions, des paroles que l’on aurait aimé prononcer autrement, ou plus tôt.

Lorsque j’ai terminé le livre, j’ai cru que cette histoire était achevée. Je pensais avoir vécu une forme de catharsis. J’avais tout couché sur le papier, tout lâché, tout confié au roman.

Je pensais aussi, sans doute, que l’appel qu’il contenait serait entendu. Qu’un livre pouvait parfois ouvrir un passage là où les mots ordinaires avaient échoué. Je pensais que l’écriture avait refermé quelque chose en moi.

Je me trompais.

Parce qu’un livre ne referme pas toujours les blessures qu’il met au jour. Parce qu’un appel au pardon n’obtient pas nécessairement de réponse. Et parce que le pardon est peut-être l’un des mots les plus difficiles à prononcer.

Parfois, l’écriture transforme la blessure. Parfois même, elle ouvre une porte que l’on ne savait pas encore devoir franchir.

À cette époque, le texte avait d’ailleurs porté un autre titre dans mon esprit : Souviens-toi. Ce titre disait beaucoup de ce que je cherchais alors : le souvenir, la transmission, ce que l’on voudrait parfois rappeler à ceux que l’on aime, ce que l’on espère sauver du temps, des éloignements, des malentendus.

Et, derrière tout cela, toujours, l’espoir du pardon. Il y avait derrière ce livre, sans doute, une main tendue.

Quand un roman ouvre la porte au suivant

Mais la littérature ne change pas nécessairement la vie réelle. Elle ouvre parfois d’autres chemins. Et c’est précisément ce qui allait se produire.

Au lieu de m’éloigner de cette histoire, le premier roman m’y a ramené plus profondément encore. Je pensais avoir terminé avec Rayan. Je découvrais que non.

Quelque chose restait en suspens. Pas forcément dans l’intrigue. Dans le lien. Dans le pardon qui n’avait pas encore trouvé son chemin. Dans ce qui se transmet entre un père et un fils. Dans ce qui demeure quand les mots ont été dits trop tard, ou pas assez. Dans ce qui continue à vivre même lorsque chacun poursuit sa route.

C’est là, je crois, que j’ai compris que Tant que je peux te dire je t’aime n’était pas seulement le roman que je n’avais pas prévu d’écrire. C’était aussi le livre qui allait m’obliger à continuer.

Je croyais avoir écrit pour refermer une histoire.
J’avais, sans le savoir, ouvert la première porte d’une fresque.
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Deuxième mouvement

Quand la fiction reprend ce que la vie laisse inachevé

Comment est né Aux portes des étoiles

Quand la fiction reprend ce que la vie laisse inachevé — Aux portes des étoiles — Rida Lamrini ✨ « Cette fois, ce ne serait plus le père qui chercherait le fils. Ce serait le fils qui chercherait le père. »

Après le pardon, la quête

Lorsque j’ai achevé Tant que je peux te dire je t’aime, je pensais avoir accompli quelque chose d’essentiel. J’avais écrit un livre que je n’avais pas prévu d’écrire, un roman nourri de matériaux personnels mais transformés par la fiction. J’y avais déposé des blessures, des silences, des interrogations, et surtout cet appel au pardon qui en traverse toute l’histoire.

Je pensais qu’un livre pouvait parfois rouvrir une porte. Je pensais aussi, peut-être naïvement, que les mots pouvaient accomplir ce que la vie n’avait pas réussi à faire. Mais la réalité ne répond pas toujours aux espérances de l’écrivain.

C’est alors qu’une autre question s’est imposée à moi : que devient le pardon lorsqu’il arrive trop tard ? Que se passe-t-il lorsqu’un fils est enfin prêt à comprendre son père, mais que celui-ci n’est plus là pour recevoir ce geste ? C’est à partir de cette question que la fiction a recommencé à travailler.

Un premier titre : Souviens-toi

Avant de devenir Aux portes des étoiles, le projet avait porté un autre titre : Souviens-toi. Ce titre disait beaucoup de ce que j’avais encore envie de transmettre : le souvenir, la mémoire, ce que l’on voudrait rappeler à ceux que l’on aime lorsque le temps, les éloignements ou les malentendus ont brouillé les choses.

Dans cette première version, le mouvement restait encore celui du père vers le fils. Le père cherchait à renouer, à retrouver un lien, à tendre une main supplémentaire.

Puis quelque chose s’est inversé. Je ne saurais pas dire à quel moment précis. C’est l’un des mystères de l’écriture : on croit conduire son histoire et, tout à coup, elle vous propose une direction que vous n’aviez pas prévue.

Cette fois, ce ne serait plus le père qui chercherait le fils. Ce serait le fils qui chercherait le père.

Et Rayan disparaîtrait.

Et si le fils avait lu le livre ?

La fiction offre parfois une liberté que la vie refuse : celle d’imaginer ce qui aurait pu se produire. J’ai donc posé une hypothèse. Et si Salim avait lu le livre de son père ? Et si cette lecture avait changé son regard ? S’il avait compris autrement certains silences, certaines fautes, certaines maladresses ? Et si, à travers cette lecture, quelque chose s’était enfin déplacé en lui jusqu’à rendre le pardon possible ?

C’est là que le roman a trouvé son véritable point de départ. Au moment où le fils décide de revenir vers le père, le père devient introuvable. Le pardon est possible, mais celui qui devait le recevoir a disparu.

Salim se met alors à sa recherche. Il revient au Maroc, remonte les traces, interroge les lieux, les souvenirs, les absences. Il tente de comprendre où Rayan est passé, ce qu’il a laissé derrière lui, et pourquoi il a choisi de disparaître.

La quête devient alors bien plus qu’une recherche géographique. Salim ne cherche pas seulement son père. Il cherche à comprendre ce père. Et, en le cherchant, il commence aussi à se comprendre lui-même.

Quand la science et la philosophie entrent dans le roman

Mais Aux portes des étoiles ne pouvait pas être seulement un roman de quête. Au fur et à mesure de l’écriture, un autre matériau s’est imposé à moi, venu cette fois non pas de mon propre vécu, mais d’un texte réel qui m’avait profondément impressionné.

Un ouvrage intitulé Délectations philo-scientifiques, écrit par Hicham Lamrini et Justine Barbier, sous la forme d’un dialogue entre la science et la philosophie.

J’avais trouvé ce livre extraordinaire. Il mettait face à face deux manières de regarder le monde : celle qui cherche à comprendre par la science et celle qui interroge par la philosophie. Les certitudes, les doutes, l’univers, l’existence, la connaissance, le sens — tout pouvait devenir matière à dialogue.

Je n’ai pas résisté à l’envie de faire entrer cette richesse dans Aux portes des étoiles. C’est ainsi que sont nés les échanges entre Salim et Émilie. Ils appartiennent bien entendu au roman et à ses personnages, mais ils trouvent leur source dans cet ouvrage réel, que j’ai expressément cité et référencé, en reconnaissant ce qui appartient à ses auteurs.

Cette présence donne au roman une autre dimension. La quête de Salim n’est plus seulement celle d’un fils à la recherche de son père. Elle devient aussi une interrogation sur le monde, sur ce que nous savons, sur ce que nous croyons savoir, sur ce qui nous dépasse.

De la recherche du père à la recherche de soi

C’est peut-être cela qui différencie le plus Aux portes des étoiles de Tant que je peux te dire je t’aime. Le premier roman était profondément émotionnel. Il naissait presque dans l’urgence, dans la nécessité de dire, de déposer, d’appeler au pardon.

Le second prend davantage de distance. Il devient plus construit, plus réflexif, plus intellectuel aussi. Le vécu n’a pas disparu, mais il s’est éloigné. La fiction prend davantage de place. Les personnages acquièrent leur propre autonomie. Le roman s’ouvre à d’autres questions, d’autres voix, d’autres horizons.

Salim devient alors pleinement un personnage. Il n’est plus seulement le fils de Rayan. Il devient celui qui cherche, celui qui doute, celui qui avance. Et cette recherche du père finit par se transformer en une recherche beaucoup plus vaste : celle du sens.

Aux portes des étoiles

À mesure que Salim avance, son voyage change de nature. Il était parti pour retrouver un homme. Il découvre une histoire. Il était parti avec le désir de renouer avec son père. Il découvre ce que signifie vraiment hériter d’une vie, de ses blessures, de ses erreurs, mais aussi de ses espoirs.

Et peu à peu, la quête terrestre s’élève. Les questions deviennent plus vastes. Le regard se porte plus loin : vers ce qui échappe, vers ce que ni la science ni la philosophie ne peuvent complètement refermer, vers cet endroit où le savoir rencontre le mystère.

C’est ainsi que Salim, parti à la recherche de son père, poursuit finalement un chemin qui le mène bien au-delà de lui.

Jusqu’aux portes des étoiles.

C’est là qu’est né le titre. C’est là qu’est né le roman.
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Troisième mouvement

Cette fois, je voulais me faire plaisir en écrivant

Comment est né Les Méandres de l’Oubli

Cette fois, je voulais me faire plaisir en écrivant — Les Méandres de l’Oubli — Rida Lamrini ✨ « Deux enquêtes, deux rythmes, deux mondes — puis, à un moment donné, leur jonction. »

Changer de registre

Lorsque j’ai terminé Aux portes des étoiles, l’envie d’écrire était toujours là, très forte même. Mais je ne voulais plus rester dans le même registre. Après Tant que je peux te dire je t’aime, profondément traversé par l’intime, puis Aux portes des étoiles, plus réflexif et davantage tourné vers la quête et le sens, j’avais besoin d’autre chose.

Je n’avais plus envie de continuer à écrire dans la douleur. Cette fois, je voulais simplement me faire plaisir comme romancier.

Depuis longtemps, le cinéma m’accompagne. J’aime les récits d’action, les enquêtes, les intrigues qui se tendent, les personnages qui avancent dans l’incertitude et les histoires où plusieurs fils éloignés finissent par se rejoindre. Je n’avais encore jamais pleinement exploré ce territoire. C’est là que Les Méandres de l’Oubli a commencé à prendre forme.

Deux enquêtes, un même roman

Je voulais poursuivre l’histoire de Rayan et de Salim, mais autrement. L’idée s’est imposée assez vite : mener deux enquêtes en parallèle.

D’un côté, une enquête policière avec ses règles, ses pistes, ses fausses pistes, ses réseaux et ses personnages troubles. De l’autre, l’enquête plus intime de Salim, toujours habité par la disparition de son père et par ce qu’il cherche encore à comprendre.

Deux recherches, deux rythmes, deux mondes — puis, à un moment donné, leur jonction.

Cette construction me permettait de conserver le fil humain de la fresque tout en entrant franchement dans l’univers du thriller. Cette fois, la fiction allait prendre toute la place.

Laisser libre cours à l’imagination

Si Tant que je peux te dire je t’aime utilise beaucoup de matériaux personnels, et si Aux portes des étoiles s’en éloigne déjà nettement, Les Méandres de l’Oubli appartient presque entièrement à l’imaginaire.

C’est sans doute le roman dans lequel je me suis senti le plus libre d’inventer : des situations, des lieux, des réseaux, des personnages, des retournements. Je pouvais enfin faire entrer dans mon écriture toutes ces influences accumulées au fil des années : cinéma d’action, thrillers, espionnage, enquêtes policières, récits où le danger surgit là où on ne l’attend pas.

J’avais le sentiment d’ouvrir une nouvelle porte dans mon travail d’écrivain. Mais j’allais très vite découvrir qu’aimer les thrillers ne suffit pas pour en écrire un.

Apprendre à écrire une enquête

J’avais déjà approché le roman policier dans La Saga des puissants de Casablanca, et certains lecteurs ou critiques l’avaient relevé. Mais avec Les Méandres de l’Oubli, je voulais aller beaucoup plus loin.

Or une enquête ne supporte pas l’à-peu-près. Les indices doivent apparaître au bon moment, les enquêteurs agir de façon cohérente, les découvertes avoir une cause, les informations circuler selon une logique précise. Le lecteur peut accepter beaucoup de choses, mais il pardonne difficilement une mécanique qui triche avec lui.

Je ne pouvais donc plus seulement imaginer une histoire. Il fallait comprendre comment travaille un enquêteur, comment se construit une piste, comment on vérifie une information, comment une enquête progresse, se trompe parfois, repart ailleurs, croise d’autres faits et finit par faire émerger une vérité.

C’est là que le travail a changé de nature.

Le moment où je croyais avoir terminé

Puis est arrivé un moment que connaissent sans doute beaucoup d’écrivains : j’ai cru que le roman était terminé.

L’histoire était écrite. Les personnages étaient là. Les deux enquêtes existaient. Les fils se rejoignaient. Le livre avait une fin. Je pensais être arrivé au bout.

Je l’ai remis à mon éditeur. Et c’est là que j’ai découvert que terminer un manuscrit ne signifie pas forcément avoir terminé un roman.

Les retours ont commencé : des questions, des incohérences à reprendre, des causalités à renforcer, des personnages à rendre plus lisibles, des informations qui arrivaient trop tôt ou trop tard, des fils narratifs à mieux relier. Puis d’autres échanges ont suivi. Et encore d’autres.

Quand il faut toucher à l’architecture

Au début, on pense qu’il suffira de corriger quelques pages. Puis on comprend que certaines faiblesses ne viennent ni d’une phrase ni même d’un chapitre. Elles viennent de la construction elle-même.

C’est probablement la partie la plus déroutante du travail. Vous avez vécu pendant des mois, parfois des années, avec un roman. Vous connaissez ses personnages, ses scènes, ses mouvements. Vous vous êtes habitué à son architecture. Et soudain, il faut accepter l’idée que cette architecture peut encore bouger.

Il faut déplacer, raccourcir, développer, repenser certaines articulations, supprimer ce qui ralentit, donner davantage de poids à ce qui semblait secondaire, s’assurer que le lecteur sait ce qu’il doit savoir au moment où il doit le savoir. Parfois, il faut même revenir très loin en arrière pour réparer quelque chose dont on ne découvre que tardivement les conséquences.

J’ai compris alors qu’écrire un thriller, c’était aussi construire une mécanique. Et qu’une mécanique romanesque ne doit pas seulement fonctionner : elle doit paraître naturelle.

Les allers-retours avec l’éditeur

Commence alors une autre aventure, moins visible mais tout aussi importante : les allers-retours entre l’auteur et son éditeur.

Un manuscrit part, revient chargé de remarques, est repris, renvoyé. On croit avoir résolu un problème et l’on découvre qu’en le résolvant, on en a parfois créé un autre. On pense à nouveau avoir terminé, puis une nouvelle lecture révèle une fragilité jusque-là invisible.

Il y a quelque chose d’assez ironique dans ce travail : plus on approche de la fin, plus on devient exigeant. Ce qui aurait semblé acceptable quelques mois auparavant ne l’est plus. Le roman s’affine, se resserre, devient plus solide. Et l’auteur, lui aussi, change avec lui.

Ce que ce roman m’a appris

Les Méandres de l’Oubli m’a appris une chose essentielle : il existe une différence entre inventer une histoire et construire un roman.

L’imagination donne l’élan. Ensuite viennent la structure, la cohérence, la causalité, le rythme, la crédibilité, l’équilibre entre les personnages et la maîtrise de l’information. Dans un thriller, tout cela devient particulièrement visible.

Le lecteur doit pouvoir se laisser emporter sans voir la charpente. C’est peut-être là le paradoxe : plus le travail de construction est important, moins il doit se voir.

J’avais commencé ce roman pour me faire plaisir. Je voulais du mouvement, du suspense, des enquêtes, du danger, de l’action. Je les ai eus. Mais le roman m’a demandé beaucoup plus : apprendre, reprendre, douter, reconstruire, accepter enfin qu’un livre que l’on croit terminé puisse encore nous résister.

Les Méandres de l’Oubli

Avec le recul, je comprends mieux ce que ce troisième roman représente pour moi.

Tant que je peux te dire je t’aime était né d’une nécessité. Aux portes des étoiles était né de ce que la vie avait laissé inachevé. Les Méandres de l’Oubli, lui, est né d’un désir de liberté.

La liberté d’inventer, de changer de registre, d’aller vers le thriller, l’action et l’enquête tout en continuant à suivre Rayan et Salim.

Mais cette liberté a eu son prix : elle m’a demandé de devenir un autre écrivain, ou du moins d’apprendre une autre manière d’écrire.

Je pensais simplement vouloir me faire plaisir. Je ne savais pas encore que ce roman allait devenir l’un de mes plus grands chantiers d’écriture et qu’au bout de tous ces détours, de toutes ces reprises et de tous ces allers-retours, une histoire allait enfin trouver sa forme.

Les Méandres de l’Oubli.

Une fresque née en chemin

Ces trois romans peuvent être lus séparément. Chacun possède sa propre histoire, son propre univers et sa propre trajectoire.

Mais placés côte à côte, ils font apparaître un autre récit : celui d’un homme, Rayan ; celui d’un fils, Salim ; celui de ce qui se transmet, se perd, se cherche et parfois se retrouve.

Et derrière eux se dessine aussi le parcours d’un écrivain qui n’avait pas prévu d’écrire une fresque et qui l’a découverte au fur et à mesure qu’il l’écrivait.

Trois romans. Trois mouvements. Une même histoire traversée par la mémoire, les blessures, le pardon, la filiation et la quête de soi.

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