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Texte fondateur · Une relation à la littérature

Habiter la littérature

« La littérature ne cherche ni à convaincre ni à juger, mais à explorer. »

Paysage méditerranéen avec carnet ouvert, livres et lanterne, illustrant la vision de la littérature selon Rida Lamrini.

Habiter la littérature, pour moi, c’est accepter de vivre durablement dans cet espace où les histoires, les questions, les lecteurs et le monde réel ne cessent de dialoguer.

01. Une littérature qui explore plutôt qu’elle n’affirme

Je ne crois pas qu’un roman ait pour mission d’enseigner une vérité. Les vérités imposées vieillissent vite. Les grandes Œuvres, elles, continuent de nous interroger longtemps après leur publication. Elles ne referment pas les questions : elles les ouvrent.

C’est cette littérature-là qui m’intéresse. Une littérature qui ne cherche ni à convaincre ni à juger, mais à explorer.

Chaque existence est traversée de contradictions. Nous sommes capables de courage et de faiblesse, de fidélité et de renoncement, de générosité et d’égoïsme. Aucun être humain ne se réduit à une seule facette. Le roman possède cette liberté précieuse : accueillir la complexité sans chercher à la simplifier.

Le roman m’intéresse précisément parce qu’il offre cette liberté : faire coexister plusieurs vérités, plusieurs regards, plusieurs contradictions, sans les réduire à une conclusion unique.

02. Le droit de ralentir

Dans un monde saturé de vitesse, de réactions immédiates et de certitudes rapides, la littérature offre un autre temps. Elle permet de ralentir, de douter, de demeurer un moment dans l’ambiguïté au lieu de chercher aussitôt à la résoudre.

C’est peut-être là sa plus grande force.

Un roman ne transforme pas le monde à lui seul. En revanche, il peut transformer le regard que nous portons sur une personne, une situation ou sur nous-mêmes. Il nous invite à habiter, pendant quelques heures, une vie qui n’est pas la nôtre. Cette expérience discrète développe une forme d’empathie que peu d’autres arts permettent avec une telle intensité.

03. Ce que les livres gardent vivant

La littérature est aussi, pour moi, une manière de garder vivant ce que le temps menace d’effacer.

Les souvenirs individuels, les histoires familiales, les événements historiques, les silences transmis de génération en génération nourrissent les récits et façonnent les êtres. Écrire, c’est souvent tenter de comprendre ce qui demeure vivant dans ce que l’on croyait révolu. Ce n’est pas chercher refuge dans le passé, mais éclairer le présent.

Les lieux, les familles, les époques et les silences laissent des traces. Le roman peut les accueillir sans les transformer en archives : il leur rend une présence.

Cette mémoire n’est pas tournée vers le passé pour lui-même. Elle m’intéresse par ce qu’elle continue de produire dans le présent.

Je me méfie des romans qui prétendent tout expliquer. La vie résiste aux explications définitives. Elle demeure inachevée, contradictoire, parfois mystérieuse. La littérature gagne, me semble-t-il, à respecter cette part d’inconnu.

04. Le lecteur transforme le livre

Un livre change lorsqu’il quitte son auteur et rencontre un lecteur.

Chacun y entre avec son histoire, ses souvenirs, ses blessures, ses convictions. Deux personnes ne liront jamais exactement le même roman, parce qu’elles n’y reconnaîtront pas les mêmes choses.

C’est cette rencontre qui donne toute sa force à la littérature.

Lorsqu’un livre est refermé, l’essentiel commence souvent. Une phrase revient quelques jours plus tard. Un personnage réapparaît dans une conversation. Une scène éclaire soudain une expérience vécue. Le roman poursuit alors silencieusement son chemin dans la mémoire de celui qui l’a lu.

05. La littérature comme dialogue

C’est sans doute pour cette raison que je ne considère jamais un livre comme un objet isolé.

Autour de lui peuvent naître des échanges, des rencontres, des entretiens, des chroniques, des lectures partagées ou des réflexions prolongées. La littérature ne s’arrête pas à la couverture d’un roman. Elle continue dans le dialogue qu’il ouvre.

C’est aussi cette conviction qui nourrit les différentes initiatives que je développe autour de mes livres. Qu’il s’agisse des entretiens de Face au Texte, des chroniques radiophoniques, des articles publiés sur mon blog ou de l’espace Au-delà des romans, toutes procèdent d’une même idée : une Œuvre ne s’achève véritablement que lorsqu’elle rencontre des lecteurs et ouvre un dialogue.

Habiter la littérature, ce n’est donc pas seulement écrire. C’est accepter d’entrer dans cette conversation, d’écouter les lectures des autres, de découvrir ce qu’ils ont vu que l’auteur lui-même n’avait pas perçu, et de reconnaître qu’un livre continue toujours à s’écrire dans l’esprit de ceux qui le lisent.

Au fond, c’est peut-être cela, la littérature : un dialogue qui ne s’achève jamais. Et c’est dans ce dialogue que je choisis, livre après livre, d’habiter la littérature.

« Un dialogue qui ne s’achève jamais. »

— Rida Lamrini

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